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A quel moment intégrer la méditation et les pranayamas dans sa pratique du Yoga ?

Comme vous le savez, dans la 1ère newsletter envoyée il y a un mois, j'ai rappelé que le yoga ne se limite pas à la seule pratique physique. C'est la dimension que nos sociétés modernes ont retenue, pour autant, il s'agit d'un concept plus vaste qui constitue une philosophie et une façon d'aborder la vie. A la question, "Comment intégrer ces aspects davantage spirituels à notre quotidien ?", j'ai répondu que la méditation et les exercices de respiration me semblent être un très bon début et les dernières newsletters ont permis d'approfondir ces deux éléments. Pour "clôturer" cette discussion (qui pourrait être toutefois infinie et à laquelle nous reviendrons très certainement), j'avais envie de répondre à une question que Justine m'a posée (coucou Justine !) durant un échange en live. "Est-ce qu'intégrer ces aspects annexes est plus facile au fur et à mesure que l'on progresse dans sa pratique physique ?" Les personnes qui ont assisté à notre échange pourront témoigner, j'ai marqué un temps d'arrêt en lisant cette question. Pour plusieurs raisons qui se sont toutes emmêlées simultanément et qui ont fait ressembler mon cerveau à ça :



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Alors. Après une longue réflexion, voici ma réponse détaillée : non (1), mais si, quand même (2). (1) Non, définitivement non parce que cette question sous-entend qu'une progression physique améliore le travail de développement personnel, et je ne le pense pas. Progresser sur ce que vous êtes capabe de faire physiquement vous permettra de faire davantage de choses avec votre corps, et c'est tout. Je n'affirme pas que ça n'a pas de valeur, je dis simplement que c'est limité à cette sphère (et que ça ne changera pas votre vie, du coup). Je le dis sans jugement car, personnellement, j'étais persuadée que ma vie changerait une fois que j'aurais accédé à certaines postures. Elles me semblaient si difficiles, si inaccessibles. Je me disais qu'une fois que je saurais les faire, ça signifierait que j'aurais atteint un tel niveau que FORCEMENT j'aurais débloqué des verrous immenses et ma vie serait transformée. Verdict ? Je ne sais toujours pas activer mon 3ème oeil et c'est toujours moi qui descends les poubelles. Dans nos sociétés modernes où les images sont omniprésentes (coucou Instagram), il est bien difficile de ne pas tomber dans cet écueil : progression physique = déblocage de niveaux comme dans Mario = spiritualité accrue = paix = Bouddha = BONHEUR. Ouvrez vos téléphones et vous verrez ce raccourci partout. Vous aurez le nez sur des milliers de photos de "corps parfaits" (sachant que la notion de "corps parfait" est avant tout une construction sociale)(au XVIè siècle, personne ne se serait retourné sur les tailles 36 si valorisées aujourd'hui)(comment ça je m'égare ?) qui semblent avoir des vies TELLEMENT MIEUX que la nôtre. Evidemment, ces images ont un impact sur nous et nos croyances. Conseil classique : s'en éloigner. Désabonnez-vous de tous les comptes Instagram qui vous font vous sentir mal dans votre peau. Et pour tout le reste ? Essayez de démêler ce qui relève du fantasme. Car c'est une affaire de projections, tout ça, vous voyez ? On se fantasme dans une autre version que nous-même. Une version plus souple, plus forte, qui accomplit davantage. Et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Les objectifs sont importants, ils nous servent à avancer. Ce sont les enjeux (parfois inconscients) que l'on place derrière ces objectifs qui peuvent être problématiques. Lorsqu'ils sont formulés sur la base d'une condition à l'acceptation de soi, ("une fois que j'aurais/serais [mention de votre choix], tout ira bien/je m'aimerais/j'aurais de la valeur") ça devient dangereux. TOUT CA POUR DIRE que votre développement personnel n'est pas corrélé à votre progression physique et que l'on a tendance, de toute façon, à surinvestir notre progression physique, notamment du fait de notre surexposition à des images de "corps parfaits" au sein d'une société qui nous pousse sans cesse à la performance. De façon plus simple, je pourrais aussi appuyer mon propos par la technique classique du contre-exemple. A savoir que je connais certain.e.s pratiquant.e.s/professeur.e.s de yoga qui font des postures très impressionnantes mais qui sont incapables de rester en place 10 minutes pour une méditation, que le silence angoisse terriblement et qui ont constamment besoin d'être entouré.e.s (aucune de ces choses n'est un problème en soi. Ce que je souligne ici, c'est que leur pratique physique a évolué fortement...mais pas le reste, parce qu'ils n'ont pas engagé de travail en ce sens).


Allez, faites une pause, allez boire un verre d'eau. Je me rends compte qu'on est parti sur une newsletter aux allures de dissertation de philo. (2) Votre progression physique ne vous transformera pas en tant qu'être humain mais votre pratique, si. Car, si vous progressez physiquement, ça signifie que vous avez une pratique régulière et c'est elle qui va vous apporter tout un tas de choses. Comme vous l'avez déjà entendu un million de fois, ce n'est pas la destination qui compte mais bel et bien le chemin. Votre pratique physique va vous permettre de mieux comprendre et connaître votre corps. Evidemment, ce n'est pas un long fleuve tranquille, on se retrouve bien souvent perplexes ("pourquoi ma jambe droite se lève deux fois moins haut que ma jambe gauche ?"), démunis ("pourquoi mes ischio-jambiers sont si raiiiiiides ?") et frustrés ("purée de nom d'un chien, ça fait six mois que je fais cette posture et que ça ne marche pas !"). Au-delà d'une connaissance limitée à votre corps, le fait de passer par différentes émotions vous aidera également à mieux vous connaître en tant que personne (vous passez l'ensemble du cours à vous comparer à vos voisin.e.s ? Vous êtes sûr.e.s que vous ne vous mettez pas trop la pression dans la vie ?)(lorsque vous abordez une nouvelle posture, votre première pensée est de vous dire que vous n'y arriverez pas parce que vous n'êtes pas capable ? Qui l'a décrété ? Et si c'était faux ?)(Ces exemples ne sont pas loin de la basse psychologie de comptoir, je suis d'accord, mais ils vous donnent une idée de mon message). C'est ici que la véritable dimension du yoga s'exprime, dans ces compréhensions subtiles, ces curseurs qui se repositionnent sur ce que l'on croyait savoir de soi, ces blocages qui s'atténuent. Dans les deux dernières newsletters, je vous ai parlé de la méditation et de la respiration comme premiers éléments à intégrer à une pratique élargie. Leur dimension spirituelle, à mon sens, tient essentiellement à ce qu'ils vont vous permettre d'expérimenter sur vous-mêmes, à l'intérieur de vous. C'est bel et bien la pratique et, surtout, j'insiste, la régularité de cette pratique. Je ne vous parle pas d'un entrainement d'une heure et demi à l'aube à jeun (mon pire cauchemar) mais de quelques minutes que vous dédiez 2, 3, 4, 5 jours dans la semaine. Votre pratique physique de yoga n'a pas à durer une heure pour avoir de la valeur. 5 min de méditation, 5 min de respiration, 15/20 min de pratique physique. Trouvez votre schéma. La régularité est clé pour moi car elle va vous permettre d'ancrer une habitude et ce qui est répété s'installe de plus en plus facilement. Ensuite, cette régularité va vous permettre de vous détacher du résultat. Lorsque vous pratiquez 5 jours par semaine, croyez-moi, vous regardez les choses différemment. Cette posture ne passe pas aujourd'hui ? Aucun problème, je réessaie demain. Je suis fatiguée ce matin ? Ok, je m'adapte, je pratique à nouveau demain donc je vais opter pour des mouvements lents et des postures qui vont me faire du bien. C'est moins évident de développer cette attitude lorsqu'on pratique une fois par semaine. On a davantage envie de "tout donner", de ne pas passer à côté de ce rendez-vous. Voilà.