Venez faire une pause à l'Atelier Perché 

Ce que j'ai appris en donnant des cours de yoga & pilates

J'ai ouvert l'Atelier perché, studio de yoga & pilates, en janvier 2018. Je savais que cette expérience m'apprendrait beaucoup de choses. Il y a les écueils potentiels que j'avais anticipés : la comptabilité, l'administratif, les problématiques liées à un bail commercial, la relation client, etc. Avoir anticipé ces problématiques ne m'a pas préparée à les solutionner facilement, mais disons que je n'ai pas été prise par surprise. En revanche, au-delà de ces sujets, il y a eu tout le reste, tout ce que je n'avais pas prévu et qui m'a tellement apporté ! Le studio m'a permis de rencontrer des gens très différents, différents les uns des autres et différents de moi. Je ne vais pas discourir sur le fait que chaque individu est unique et blablabla parce que c'est dramatiquement ennuyeux et, surtout, pas le sujet que je souhaite aborder. Ici, c'est davantage la thématique de la diversité qui m'intéresse. A force, j'ai fini par échanger un peu plus avec certaines personnes, par connaitre leur métier, leur structure familiale. J'ai découvert des professions dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Au fil des années, je trouve que la bulle dans laquelle on évolue se resserre. On sort avec des gens qui nous ressemblent, nos amis partagent nos centres d'intérêt, on se rend dans des endroits qui correspondent à nos goûts, où se rendent également des gens qui ont ces mêmes goûts. Vous voyez ce que je veux dire ? On se crée une sorte de microcosme, et c'est normal. A mon sens, ce qui est problématique, ce n'est pas ce microcosme en lui-même mais de ne pas avoir conscience que c'est un microcosme. De croire que notre réalité est LA réalité, d'oublier qu'elle est multiple. C'est ce que j'aime tant avec l'Atelier Perché. Il y a des gens qui viennent d'horizons très divers et qui me rappellent sans cesse que le monde est plus grand que mon simple microcosme. En plus d'être nécessaire, cette prise de conscience est rafraichissante, elle me fait du bien. Dans ce studio, il y a des gens très différents qui se côtoient. Peu importe leur métier, leur statut, ces choses là se distinguent assez peu une fois qu'on a enfilé un short ou un legging, et c'est tant mieux. Il s'agit simplement d'individus en tenue de sport, et c'est précisément à cette échelle que j'ai appris beaucoup de choses. Je suis facilement impressionnée par les gens. Je caricature mais j'ai vite le sentiment que tout le monde s'en sort mieux que moi et que, ce qui est difficile pour moi ne l'est pas tant pour les autres (assurer le suivi de mes remboursements de mutuelle, anticiper des courses, faire un dossier pour ses fiches de salaire, acheter des meubles, monter des meubles, laver sa couette, trouver un sens à sa vie). En côtoyant beaucoup de gens, et beaucoup de gens différents à travers le studio, je me suis aperçue que c'était faux. La majorité des gens est comme moi. Chacun fait ce qu'ils peut, à sa façon. J'ai vu des élèves arrivés épuisés, dérouler tout de même leur tapis. Certains ont adapté leur pratique, ralenti, levé le pied, et je les ai admirés pour ça. D'autres ont poursuivi malgré tout, malgré la fatigue, malgré le corps qui grince, et j'ai eu un élan d'affection pour eux, parce que je me suis reconnue en eux. Aucune de ces deux attitudes n'a plus de valeur que l'autre. Ce ne sont pas des comportements que je juge mais des schémas que je constate. Je me sens proche des gens qui viennent au studio. Nous n'avons pas les mêmes points forts, les mêmes zones faibles. Nous n'avons pas des tempéraments similaires, nous ne cherchons pas forcément les mêmes choses, et pourtant il me semble qu'il y a une universalité. Une fois que l'on a pelé les milles couches qui nous différencient les uns des autres, un noyau commun se dessine. Cela m'a aidée à être plus à l'aise dans mes échanges avec autrui. Savoir que nous sommes pareils, au fond du fond du fond, me permet d'être moins impressionnée et plus détendue. Cela m'a aussi encouragée à être plus indulgente avec moi-même. Si personne n'est parfait, peut-être que je peux envisager de me lâcher la grappe sur ma propre imperfection. Après tout, je galère mais je ne suis pas la seule. Chacun essaie, fait de son mieux, pioche certains jours, baisse la tête, la relève. Ouvrir l'Atelier perché, le gérer, y donner des cours m'a appris beaucoup, et continue de le faire mais je sais d'ores et déjà que ce sont ces enseignements qui sont les plus précieux pour moi en ce qu'ils m'aident à me construire en tant que personne.