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Ma formation de professeure de yoga 2/2

La semaine dernière, je vous ai laissé tandis que je venais d'atterrir à Bangalore, prête à entamer ma formation YTT (Yoga Teacher Training) d'un mois. On continue ensemble mais, attention, on poursuit tranquillement parce qu'on avait une escale à Mumbai à 5h du matin qui devait durer 1 heure et qui a duré finalement 7 heures. Et qu'une fois à Bangalore, il nous reste QUATRE HEURES de taxi pour rejoindre l'ashram. L'ashram ? Oui, c'est le mot sanskrit pour désigner un lieu relativement isolé dédié à une pratique spirituelle. Ma formation s'est déroulée dans un ashram situé dans l'état de Karnataka (Inde du sud), rustique mais confortable. J'ai vécu ici pendant un mois ; c'est là que j'ai dormi, mangé et pratiqué.


Au dernier étage de ce bâtiment se trouve le shala, autrement dit le lieu pour la pratique physique. C'est ici que je me suis assise chaque matin à 6h pendant un mois, du lundi au samedi.





Concernant le groupe, je dirais que nous étions une vingtaine, majoritairement des Français.e.s. et des femmes (il n'y avait qu'un seul homme). Certain.e.s viennent pour approfondir leur pratique, d'autres ont le projet de devenir professeur.e.s une fois chez eux, c'est varié. Le programme est simple. Comme je vous l'ai expliqué la semaine dernière, la Yoga Alliance impose un nombre d'heures sur certaines disciplines (x heures d'anatomie, x heures de philosophie, x heures de pratique, etc). Toutefois, elle ne regarde pas le contenu de ces heures donc ce sont les professeur.e.s qui dessinent véritablement la formation qu'ils dispensent. Dans mon cas, l'emploi du temps était le suivant : ~ Matin Pratique physique (6h dans le shala) Petit déjeuner (à partir de 8h30) Philosophie ou ajustements Déjeuner Enseignement d'une séquence par un élève au reste du groupe Pratique physique ou pranayama Dîner ~ A quelques variantes près, voici ce que j'ai fait pendant un mois. Il y avait trois professeur.e.s dont deux principaux : Stéphanie et Trupta. Stéphanie est française (elle est très active sur Instagram et sur YouTube) et Trupta est indien. On m'a demandé si avoir fait ma formation en Inde m'avait apporté quelque chose de plus. Je ne sais pas vraiment. A vrai dire, je n'ai pas choisi la destination de l'Inde animée par ce fantasme d'apprendre le "yoga des origines" auprès des "vrais maîtres". Je l'ai choisie parce que j'étais en voyage à côté à ce moment-là et que ça me revenait moins cher. Pragmatisme, bonjour. Je n'ai d'ailleurs jamais eu ce fantasme du "vrai" yoga. Je crois que j'avais déjà conscience que le yoga d'aujourd'hui, celui que vous et moi pratiquons, a subi de telles transformations d'appropriation et de remodelage qu'il est forcément autre chose que ce qui a pu exister. Les nombreuses lectures que j'ai pu avoir à ce sujet depuis ont confirmé cette idée. On nous vend l'idée d'une pratique millénaire mais, il y a des millénaires, le chien tête en bas n'existait pas. Je n'ai donc pas choisi l'Inde en étant animée d'une flamme sacrée mais, a posteriori, je dirai que ça a tout de même apporté quelque chose. Un de mes professeurs, Trupta, est Indien, et c'est ça qui a fait toute la différence. C'est un homme que j'admire énormément et pour qui j'ai une profonde affection. Au-delà de sa personnalité, la culture indienne est la sienne et il a su nous transmettre des notions, notamment sur la philosophie du yoga, de façon très claire et riche. Je ne suis pas certaine qu'un Occidental aurait su me les expliquer aussi clairement ou aurait réussi à attiser cette curiosité en moi. Peut-être qu'un Occidental aurait eu tendance à tout mettre sur le dos de la "culture indienne". "Ah ça ? C'est à cause de cela, on ne sait pas vraiment, c'est la culture indienne qui est comme ça" (précision 8000, merci). Trupta nous a toujours expliqué, du mieux qu'il pouvait, des notions qu'il savait difficiles pour nous, Occidentaux. Du coup, ce n'est pas tant d'avoir fait ma formation en Inde qui a changé quelque chose (si ce n'est pour la chaleur humide et le curry), c'est l'avoir fait auprès d'un enseignant indien. Sur le contenu de la formation, nous avons étudié l'anatomie du corps humain, la philosophie du yoga, les techniques de méditation, les exercices de respiration et, enfin, la façon d'enseigner à un groupe. Cette dernière partie était au cœur de la formation et c'est notamment pour ça que je l'avais choisie. Chaque après-midi, nous enseignions au reste du groupe. Au début, chaque élève avait une séquence d'une dizaine de minutes qu'il enseignait, puis c'était un autre qui prenait le relais et ainsi de suite. Au fil des semaines, le groupe a été scindé en trois mini-groupes et nous avons enseigné des séquences de plus en plus longues. C'est un exercice pratique que j'ai trouvé très formateur et indispensable. A mon sens, ce module devrait être obligatoire dans les formations professorales de yoga car pratiquer le yoga et l'enseigner sont deux choses très différentes : (i) On peut accorder une grande place au yoga dans sa vie, ça ne veut pas dire que l'enseigner nous rendrait plus heureux.se. (ii) On peut être profondément dévoué.e à sa pratique, ça ne signifie pas que l'on serait un.e bon.ne professeur.e. Ce module d'enseignement permet de voir comment on se sent vis à vis de ces deux points. Pour conclure, j'ai adoré ma formation. J'ai eu un vrai coup de coeur pour mes enseignant.e.s et, avec le recul, je sais que ce sont de très bons professeur.e.s. C'est difficile de choisir des enseignant.e.s de qualité, surtout lorsqu'on débute. Maintenant que j'en ai rencontré davantage, je sais qu'ils sont top. Cette formation a parfaitement rempli ce que j'en attendais, c'est à dire constituer un socle solide sur lequel m'appuyer. Comme je vous l'ai expliqué la semaine dernière, les formules de YTT 200h & consorts ont leurs limites. Qui peut se prétendre réellement professeur.e de yoga au bout d'une formation d'un mois, aussi intensive soit-elle ? A mon avis, personne. J'ai toujours considéré ce YTT non pas comme une fin mais bel et bien comme un premier pas. Depuis, j'ai assisté à de nombreux stages pour approfondir ma pratique personnelle et mon enseignement. Je suis une élève avant d'être une professeure. Je transmets ce que j'apprends sur le chemin.