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Quand est-ce que ça devient facile ?

C'est une question qu'une élève m'a posée un jour à la fin d'un cours de Yoga. C'était son premier cours. "Quand est-ce que ça devient facile ?" Cette question a soulevé beaucoup de pistes de réflexion chez moi (si mes parents lisaient ceci, ils me demanderaient ce qui ne génère pas beaucoup de pistes de réflexion chez moi....). Cette question soulève en premier lieu la croyance que les choses deviennent faciles à un moment. Qu'on prend sur soi, qu'on s'investit, qu'on endure et qu'à un moment ça débouche sur quelque chose de plus léger. Je ne crois pas que ce soit le cas. Du moins, pas de façon si franche. On peut construire petit à petit un cadre qui nous apporte davantage de sérénité mais, je ne veux pas plomber l'ambiance, jamais nous ne marcherons sur une route débarrassée de toutes embûches. A mon sens, l'enjeu est davantage d'apprendre à s'adapter. Comment apprécier une vie qui nous semble imparfaite plutôt que d'attendre qu'elle soit parfaite pour l'apprécier. "Quand est-ce que ça devient facile ?" Dans le cadre de la pratique du Yoga, cette question pose la question du sens, du but recherché. Est-ce qu'on pratique pour que ça devienne facile un jour ? Finalement, qu'est ce que l'on cherche dans sa pratique ? Vous le savez probablement, le Yoga est un sujet plus vaste que le simple exercice physique. A vrai dire, initialement, dans les premiers écrits qui mentionnent cette discipline, il n'y a aucune trace d'asanas (postures). Ceci est venu bien plus tard. Dans sa dimension philosophique, le Yoga s'attache davantage à nos samskara, ces conditionnements multiples qui sont sources de souffrances. Il peut s'agir de conditionnements physiques. Nous en avons tous qui se créent au fur et à mesure de notre vie en fonction du travail que l'on exerce, de nos blessures passées, etc. Il peut s'agir également de conditonnements mentaux, de préjugés, de croyances. Le but premier de la pratique du Yoga est de se défaire progressivement de ces samskara pour évoluer dans ce qui est véritablement. Peut-être que le niveau d'abstrait est trop important à ce stade et que je vous ai perdu mais je vous assure que ça peut être très concret. Par exemple, mes épaules sont très mobiles, j'ai donc pris l'habitude de réaliser certaines postures en sur-exploitant cette partie de mon corps. Petit à petit, à travers l'observation, j'essaie de me défaire de cela pour ne pas les fragiliser. Je ne veux plus réaliser une posture à tout prix. A force d'années de pratique, j'ai dépassé le stade de la pure forme physique d'une posture (modulo les jours où je m'acharne)(je ne voudrais pas vous faire croire que je suis devenu un être illuminé, ça n'arrivera pas dans cette vie). Ce que je souhaite avec ma pratique, c'est utiliser les postures comme un levier de renforcement et d'allongement pour vieillir le mieux possible. Pour cela, la pratique du Yoga nécessite de l'écoute et de l'observation. Comment est-ce que vous entrez dans telle posture ? Est-ce que vous engagez bien les muscles concernés ? Est-ce que le souffle est stable ? Comment vous vous sentez aujourd'hui ? Pourquoi aller plus loin dans cette posture ? Est-ce qu'il s'agit de prouver quelque chose ? Est-ce qu'il s'agit de chercher plus d'étirement parce que c'est nécessaire aujourd'hui ? Est-ce qu'il s'agit de pousser vos articulations au maximum parce que vous avez passé une mauvaise journée et que vous ne savez pas comment vous défaire de toute cette tension accumulée et que vos poignets ne sont pas en plastique ilsvontbientenirlecoupaprèstout ? Le Yoga est une pratique difficile. Du moins, je la trouve difficile dans la qualité de présence qu'elle requiert. Bien sûr, je suis parfois chahutée physiquement mais je considère que j'ai la main sur cette partie. Si c'est trop dur et que je n'ai pas envie de pousser plus loin, je diminue l'intensité. J'ai le choix. Aujourd'hui, les pratiques qui sont difficiles sont celles où je suis agitée, celles où je passe plus de temps à essayer de me concentrer qu'à être véritablement à ce que je fais. Parfois, dès la première respiration, je suis en place. Parfois, ça vient, plus ou moins laborieusement, au fur et à mesure des postures. Parfois, ça ne vient pas du tout et je bouge sur mon tapis avec un esprit semblable à une mouche coincée dans un verre. Ca ne me dérange plus autant qu'avant. Ce qui compte dans la pratique, c'est la pratique et l'intention avec laquelle vous pratiquez (et c'est peut-être l'occasion pour vous de vous interroger sur ce que vous recherchez dans votre pratique). "Quand est-ce que ça devient facile ?". Jamais, je crois. Mais ce n'est pas difficile pour ce que l'on pense. Souvent, c'est la dimension physique qui impressionne mais ce n'est pas celle-ci qui est ardue, c'est la présence. Et elle se cultive petit à petit.