Venez faire une pause à l'Atelier Perché 

Votre pratique posturale du Yoga est VOTRE terrain d'exploration

Vous savez à quel point je vous invite à vous approprier votre pratique du Yoga, aussi bien sur le plan général (votre pratique est davantage axée sur les exercices de respiration que de postures ? No problemo) que physique (vous avez envie de réaliser une posture avec une variante ? Go for it !).

Ma vision pourrait se rassembler autour de deux idées fortes : (i) explorer et (ii) trouver ce qui vous fait du bien.

C'est en explorant, en cherchant, en osant, en testant que vous trouverez. Dans un de ses posts, Stéphanie viu Kessler indique qu'elle entre dans la posture du triangle (trikonasana) d'abord en crochetant son gros orteil et ensuite seulement en allongeant et pivotant son buste. Elle explique que, si elle entre de la façon "commune" (en partant debout puis en descendant progressivement), elle n'arrive pas à se placer. J'ai le même ressenti dans d'autres postures. Au début, dans les cours collectifs, je n'osais pas me désolidariser des consignes données par le/la professeur.e. Aujourd'hui, l'idée de vexer l'enseignant.e ou de paraitre présomptueuse me bloque parfois mais j'arrive généralement à passer outre (parce qu'en tant que prof, je sais ce que je ressens lorsque je vois un.e élève entrer dans une posture un peu différemment de ce que je propose : rien).

Prenez les consignes, les alignements, les indications d'engagement musculaire et expérimentez dans votre propre corps. N'oubliez pas que ces remarques vous sont transmises à travers le prisme d'une personne qui a son propre corps et son propre vécu et qu'elle est forcément biaisée dans ce qu'elle transmet. Ca ne fait pas de cette personne un.e mauvais.e enseignant.e mais c'est important de l'avoir en tête. Dans mon cas, je suis naturellement mobile au niveau du haut du corps et je sais pertinemment que j'ai des consignes assez "simples" dès qu'on approche des postures qui mobilisent cette région. A l'inverse, je suis historiquement TELLEMENT RAIDE des ischio-jambiers (vraiment)(les mains qui touchent le sol quand on se penche ?)(jamais de la vie et mes doigts ont commencé à frôler timidement le bout de la moquette après quelques ANNEES de pratique) que j'ai un panel de consignes sur la mobilisation des hanches, du bassin, des cuisses, de la voûte plantaire assez fourni. On transmet plus facilement ce que l'on a compris et ressenti dans son propre corps, c'est logique. Toutefois, ces sensations ne sont pas transposables à l'identique à l'ensemble des corps.

Dans mes cours, j'invite régulièrement les élèves à se détacher de l'image que je renvoie. Peu importe l'angle, l'amplitude. Ce qui compte, c'est ce que l'on ressent depuis l'intérieur, pas l'image (c'est notamment pour cela qu'il n'y a jamais de miroir dans une salle de yoga, on construit depuis l'interne)(toutefois, que cela ne vous empêche pas de vous filmer parfois dans votre pratique, ça peut débloquer certaines choses)(BREF)(Il y a trop de parenthèses).

Dans sa dernière newsletter, Kino MacGregor parle de son livre dans lequel elle a tenu à inclure des photos de postures réalisées par d'autres personnes qu'elle-même, et des personnes avec des physiques très variés. Et c'est très important parce qu'on se projette essentiellement à partir de ce que l'on voit. Lorsque j'ai débuté le yoga et que je suis tombée à 90% sur des photos d'ex-danseuses classiques mesurant 1m75 minimum, autant vous dire que moi, ma non-souplesse et mon 1m64 avons eu du mal à se projeter. J'ai associé la pratique physique du Yoga au grand écart parce que ces représentations ont complètement biaisé ma vision des choses. Kino MacGregor est rafraichissante dans ce paysage car elle n'a pas un physique très typique. Elle n'est pas spécialement grande, pas spécialement élancée, pas spécialement mince et pas spécialement musclée. Pourtant, ce qu'elle parvient à faire est incroyable. Elle pratique depuis plus de 20 ans et elle rappelle bien que c'est la répétition qui a tout construit.

Il est important de se détacher des images et c'est pour cela que ces images doivent se diversifier. C'est important que l'on voit des femmes ET des hommes avec des couleurs de peaux et des poids différents. Une femme en surpoids me disait récemment qu'elle doit réaliser certaines postures différement, qu'elle ne peut pas les faire comme moi. Ce qui m'a gênée dans ses paroles, ce n'est pas qu'elles doivent faire ces postures en les adaptant, non, c'est qu'elle s'excuse à moitié de ne pas pouvoir les faire comme moi je les fais. Pourquoi j'ai trouvé cela gênant ? Parce que cela entérine l'idée que mon corps est la norme. Et c'est faux. J'ai la chance de cocher la plupart des cases de ce que la société valorise actuellement (il y a quelques dizaines d'années, lorsque la corpulence était synonyme de richesse, je me serais faite marcher dessus)(c'est important de mêler les dimensions historiques, sociologiques et politiques pour prendre du recul sur ce qu'on nous propose comme modèles dans la société) mais je ne représente EN AUCUN CAS une finalité. Le Yoga est une pratique qui passe par le corps et on peut avoir tendance à sur-focaliser sur cet élément alors qu'il est un vecteur mais en aucun cas la finalité. Vous avez le corps que vous avez et il est très bien. Il n'est pas problématique. Le Yoga n'est pas une affaire de femmes minces. Ce n'est même pas une affaire de femmes à vrai dire. Le Yoga est une discipline que tout un chacun est libre de s'approprier (c'est très drôle puisqu'au moment où j'écris ces lignes, je m'aperçois que Laruga Glaser, une professeure d'Ashtanga qui est noire, fait un live Instagram intitulé "Yoga, Diversity and Inclusivity")(il sera en replay sur son profil si ça vous intéresse).

Le Yoga est un univers très codifié. Pour autant, une place croissante est accordée à l'exploration. Dans l'Ashtanga Yoga, par exemple, où les règles sont nombreuses (exécution de la série dans le respect de l'enchainement des postures, pratique 6 jours sur 7, pratique à jeun au réveil, etc), on entend de plus en plus de professeur.es dire que pratiquer une série 3 fois par semaine est largement suffisant. Certain.es rappellent que les enseignements passés doivent être considérés à l'aune de nos vies actuelles. A moins de consacrer vos journées au yoga, pratiquer une série pendant 2h 6 jours sur 7 n'est pas tenable. On voit également beaucoup d'initiatives sportives mettant l'accent sur le mouvement afin d'inviter à se détacher des dogmes potentiellement enfermants de certaines disciplines. Je ne dis pas que c'est la fête du slip. Les règles sont importantes car elles fournissent un cadre mais servez-vous de ces règles comme d'une structure au sein de laquelle évoluer et non comme une prison.

Enfin, trouver ce qui nous fait du bien est un sujet vaste et évolutif. Certains jours, c'est une pratique intense qui vous conviendra, d'autres fois vous aurez besoin d'une séance plus douce. Adaptez-vous. Soyez souples. Détendez-vous. Acceptez de ne pas faire forcément ce que vous aviez décidé que vous feriez. Ecoutez-vous. Le Yoga est un outil qui est à votre disposition, c'est à vous, au fur et à mesure, de l'appréhender et d'apprendre à vous en servir. Cet apprentissage n'est pas forcément facile. La route n'est pas pavée de cailloux en diamants et de fontaines à guimauves mais elle est riche d'enseignements.

Voilà.